| 19 membres étaient présents et 4 s'étaient excusés Anne-Lise Fischer, présidente, ouvre la séance en saluant les personnes présentes et donne la parole à Germain Hausmann, membre du comité, archiviste à St-Maurice, bien connu de tous les membres de la SNG, qui nous présentera la Bourgeoisie de Valangin. Cela fait plus de trois ans que notre orateur mène des recherches sur ce sujet aux archives de Neuchâtel, un travail qui est encore en cours, car c'est une question très touffue et très compliquée. C'est aussi la raison pour laquelle on a peu écrit sur cette bourgeoisie. Qu'est-ce qu'un bourgeois ? - Selon une définition communément admise, un bourgeois est quelqu'un qui vit dans une ville où il bénéficie de privilèges accordés par le prince. Cette définition est valable pour les bourgeois de Neuchâtel, de Boudry et du Landeron. Mais les bourgeois de Rochefort par exemple (mentionnés au Moyen Age) ne répondent pas du tout à cette définition. Ce sont de braves paysans, habitant dans des villages ou des fermes isolées, qui n’ont pas de franchises particulières. De même à Cortaillod, où la moitié des habitants sont bourgeois de Boudry, titre qui ne leur donne aucun avantage, mais plutôt des charges et des taxes supplémentaires à payer. - Avant les franchises, on doit donc donner au terme de bourgeois une autre acception : ce sont des gens qui doivent garder le château de leur seigneur. Ce statut n’est pas particulièrement privilégié, de loin. C'est sans doute le cas pour Valangin où les bourgeois n'ont ni charte ni privilèges au début. Quelques jalons vers un statut privilégié Le bourg de Valangin aurait été fondé entre 1330 et 1339, sous le règne de Gérard d'Arberg, seigneur de Valangin, mais il n’est mentionné pour la première fois que le 29 janvier 1360, lorsque Jean d'Arberg fait hommage au comte de Neuchâtel. En 1352, Jean d'Arberg déclare que tous les habitants de Valangin doivent faire un service militaire et garder le château. On a là la première mention de bourgeois à Valangin. En 1362, Jean d'Arberg accorde à diverses personnes du Val-de-Ruz la bourgeoisie de Valangin. Parmi eux notamment Vauthier FAVRE, qui, de Coffrane, ira s'installer à Vilars et sera l'ancêtre de tous les FAVRE de Vilars et des VAUTHIER du Pâquier. Il y a donc désormais des bourgeois à Valangin et d’autres dans le Val-de-Ruz. Le 7 mars 1406, des franchises (sans doute les premières) sont accordées aux habitants de Valangin. Ils sont déclarés libres et francs de taille, ne paient pas de taxe d'habitation ni de taxe sur les ventes. Le 26 septembre 1475, Berne signe un acte de combourgeoisie avec la bourgeoisie de Valangin et se propose comme arbitre pour régler les éventuels différends que cette communauté pourrait avoir avec leur seigneur. En cas de conflit, la bourgeoisie se trouvera à égalité avec le seigneur de Valangin devant les Bernois et perdra le statut d’infériorité qu’elle avait jusqu’alors. La protection de Berne leur est assurée. En 1502 – moyennant finances – la bourgeoisie s'étend au Locle, à La Sagne et à La Chaux-de-Fonds. La bourgeoisie s’étend désormais 1) sur le bourg de Valangin, 2) sur le Val-de-Ruz, 3) sur les Montagnes. Le 23 juin 1508, les bourgeois du bas du canton décident que les bourgeois du Locle et de La Sagne peuvent nommer à leur tête un maître-bourgeois qui détient les clés du coffre contenant les chartes. Mais un mystère demeure, car dès 1508 jusqu’en 1686, on ne voit apparaître dans les archives de la bourgeoisie de Valangin aucun maître-bougeois des Montagnes. Cette décision de 1508 n’est-elle pas entrée en vigueur ? Notre conférencier émet l’hypothèse que les gens des Montagnes ont aux XVIe-XVIIIe siècles leur organisation propre, indépendante du bas, dont les archives se trouvent ailleurs. Le 8 décembre 1509, Girard BRAND, maître-bourgeois et banneret de Valangin, et Guillaume CLERC, maître bourgeois pour le Val-de-Ruz, reçoivent au nom de la bourgeoisie une maison dans le bourg qui deviendra la Maison de Bourgeoisie. Elle est située dans la rue centrale, du côté Seyon, près de la porte de la ville regardant vers la Borcarderie. Le 31 octobre 1613, les bourgeois décident de la création d'un corps intermédiaire entre le Conseil restreint des maîtres-bourgeois et l’ensemble des bourgeois. Vingt-deux députés sont nommés et forment le Conseil. En 1707, la famille régnant sur le comté de Neuchâtel (les Orléans-Longueville) s'éteint et le roi de Prusse est choisi comme nouveau souverain. Pour se rendre favorables aux Neuchâtelois (qui ont à choisir leur prince parmi de nombreux autres prétendants), il souscrit les Articles généraux concernant l'ensemble de la principauté et les Articles particuliers qui concernent la bourgeoisie de Valangin. En ce qui concerne les Articles généraux (1 octobre 1707), voici en gros ce qui est accordé : le premier article stipule que la religion réformée est la religion de l’ensemble des Neuchâtelois (à l’exception de Cressier et du Landeron) et que la Vénérable Classe est indépendante de l’autorité civile. Un autre article règle la question de savoir qui doit prêter serment en premier, du Prince ou des sujets (ce sera le Prince). Le prince jure de respecter les coutumes écrites et non écrites de Neuchâtel. Dans l'un des Articles particuliers signé le 8 novembre 1797 par le roi de Prusse, celui-ci accorde la liberté de commerce aux bourgeois de Valangin – ce qui est très exceptionnel à l'époque – une clause qui favorisera le développement de l'horlogerie dans les Montagnes neuchâteloises. A la demande de la bourgeoisie, la seigneurie de Valangin devient un comté. Mais, surtout, elle obtient de pouvoir contester toute décision du gouvernement qui contreviendrait à ses prérogatives et à celles de ses membres en faisant des remontrances directement au prince. Elle ne se privera pas au XVIIIe siècle d’user et d’abuser de ce droit et deviendra une des institutions les plus quérulentes de la Principauté. A noter que ces interventions étaient redoutées, car la bourgeoisie de Valangin rassemblait environ la moitié des Neuchâtelois et prenaient ses décisions de manière relativement démocratique. L'aspect institutionnel Nous ne nous attarderons pas sur cet aspect des choses, car ses institutions, relativement complexes, sont décrites par le menu dans deux textes qui seront publiés au printemps prochain dans le Bulletin de notre société. Nous n'en donnons que quelques lignes générales. Pour l’époque les institutions sont très démocratiques, avec des autorités élues par l’ensemble des membres de la bourgeois. On demandait même l’avis des simples bourgeois pour décider des affaires les plus importantes. La bourgeoisie de Valangin n'est pas une commune. Elle n’aide pas les bourgeois tombés dans l'indigence, elle ne s’occupe pas de basse police (comme la police des habitants). Ces tâches sont laissées aux communes de Valangin (qui se distingue de la bourgeoisie), du Val-de-Ruz et des Montagnes qui sont dans son ressort. C'est une institution, qui a pour tâche de conserver ses droits et ceux des bourgeois. Elle est essentiellement conservatrice (de ses prérogatives) et revendicative. La bourgeoisie de Valangin ne peut être accordée que par le Prince. Ensuite, l’heureux élu doit se faire reconnaître (on dit "être incorporé") par la bourgeoisie. L'acte d’incorporation se transmet de fils aîné à fils aîné. Au bout de quelques générations, les membres des branches cadettes doivent redemander l'incorporation pour leur propre compte en fournissant des preuves et une généalogie. Quelques incorporations massives 1352 : première mention de bourgeois à Valangin. 1362 : incorporation de 25 habitants du Val-de-Ruz. Un peu avant 1502, certains habitants du Locle cherchent à obtenir une bourgeoisie en se faisant recevoir dans des cités de Franche-Comté. Ils sont punis. 1502 : 37 familles du Locle et de La Sagne deviennent bourgeoises de Valangin. Entre 1567 et 1576, 177 familles sont reçues par le comte de Madrutz, qui prétend être seigneur de Valangin, mais sera finalement débouté. Le statut de ces familles est régularisé en 1660-1662. 1686 : la famille Sandoz (54 membres) est reçue en bloc. 1693 : 183 familles des Montagnes sont incorporées. 1708-1709 : 80 familles non bourgeoises du Val-de-Ruz sont incorporées. 1722, tous les habitants des Montagnes deviennent bourgeois (502 agrégations). Dès lors tous les ressortissants de Valangin, des communes du Val-de-Ruz et des Montagnes sont bourgeois de Valangin. Cela représente à peu près la moitié de la population de la Principauté. Après 1830, la bourgeoisie, qui s’opposait jusque là au pouvoir, devient un fidèle soutien des royalistes contre les menées des républicains. Le Conseil d’Etat y incorpore de nombreux étrangers, notamment des Suisses alémaniques, pour augmenter son influence. La bourgeoisie après la révolution
En 1848, le Conseil d'Etat royaliste demande à la bourgeoisie de s'armer pour lutter contre la Révolution, puis dissout cette troupe pour éviter un bain de sang inutile. Aussi, les révolutionnaires seront gagnants. En 1849, une nouvelle loi sur les commune prévoit deux autorités dans les communes, une Assemblée générale (=législatif) et un Conseil administratif (=exécutif). Pour les communes particulièrement nombreuses (c’est le cas de la bourgeoisie de Valangin), on peut élire un Conseil représentatif (=une sorte de parlement). C’est ce qui se passe pour la bourgeoise le 4 juin 1849. L’Assemblée générale élit 87 députés qui, dans les mois qui suivent, élaborent un règlement communal. Ce texte est soumis au Conseil d’Etat qui ne donne pas son approbation, ni en 1849, ni en 1850, ni en 1852. La bourgeoisie, ne peut donc pas s’organiser et choisir ses autorités. Elle reste administrée par les maîtres-bourgeois (qui n’en portent plus le titre) de l’Ancien Régime jusqu’en 1852. En 1852, l’Assemblée générale de la bourgeoisie se réunit de nouveau en juin. Cette réunion fit voir au Conseil d’Etat le danger qu’il y avait pour la République à tolérer un corps politique fidèle en majorité à l’Ancien Régime. Un décret du 30 juillet 1852 abolit la bourgeoisie de Valangin et sa fortune (modeste) fut répartie entre les communes qui faisaient partie de son ressort au prorata du nombre des bourgeois appartenant à chacune de ces communautés. Ils étaient alors 7999. Françoise Favre (secrétaire) et Germain Hausmann |