Bulletin 20 / Juin 2003
Le Cernil du Thil
Question 2003 Q 01
Pierre-Arnold Borel
Le 13 juin 1491, Philippe, marquis de Hochberg, comte de Neuchâtel, accense perpétuellement et irrévocablement 20 faulx de « joulx seans » au Cernil du Thil (Cernil = pâture, Thil = tilleul) à Petitjaiquet Borrel, de Covet en nostre Vaultravers, nostre franc sergeant pour lui et ses hoirs… (Parchemin original avec sceau aux archives de l’Etat)
Où se trouve le lieu-dit Le Cernil du Thil ?
Réponse 2003 R 01
Eric André Klauser
A quelque 1100 m d’altitude, le maix des Ruillères appartient au plateau haut-jurassien de la Nouvelle-Censière et s’étend entre les lieux-dits Vers-chez-Pillot, le Couvent, les Planes, la Sagneta, le Haut-de-Riau et la Cernia. Au nord, il est borné par les célèbres forêts jardinées de la commune de Couvet et, au sud, par la frontière séparant les cantons de Vaud et de Neuchâtel. Ses maisons et ses fonds (champs, pâturages et forêts) sont compris, à l’exception de quelques ares ressortissant à la commune vaudoise de Provence, dans le périmètre communal de Couvet. Le bâtiment des Grandes Ruillères s’élève au lieu-dit le Coinson, tandis que celui des Petites Ruillères est implanté au lieu-dit le Cernil du Til ou la Clinchy, en bise du chemin dit de Mouron montant de Couvet.
Cet immeuble est devenu dès le 11 juin 1931 propriété de la section Jolimont du Club jurassien, qui l’a acheté à Sophie-Alice de Rougemont-Bovet, fille d’Elisa-Sophie Bovet-DuPasquier (qui l’avait cédé à ses quatre enfants en 1905) et femme de Georges de Rougemont, pasteur de l’Eglise indépendante de Couvet de 1906 à 1919. Or, Elisa-Alice était la fille d’Alphonse-Henry DuPasquier, lui-même fils de Claude-Abram DuPasquier et de Marianne-Louise d’Ivernois, sœur de Guillaume-Auguste d’Ivernois, un des hôtes des Ruillères en 1805. Marianne-Louise d’Ivernois, fille du trésorier général Charles-Guillaume d’Ivernois, était donc la petite-fille du procureur général Guillaume-Pierre d’Ivernois, lui-même fils du notaire Joseph d’Ivernois, mari d’Anne-Marie Guyenet (1663-1742), fille
du greffier Abraham Guyenet-Petitpierre, propriétaire aux Ruillères. Il est vraisemblable que les Petites Ruillères, au Cernil du Til, déjà bordées de biens appartenant aux Guyenet, sont entrées dans le patrimoine des d’Ivernois à l’époque du procureur général Guillaume-Pierre (1701-1775), quand François-Louis Stürler s’en dessaisit, avant de passer par dot et héritage aux DuPasquier, Bovet et Rougemont.
Notes
Bien-maix des Ruillères: le 9 septembre 1826, David-Louis Petitpierre, ancien d’Eglise et négociant à Couvet, leur vend « un morcel de bois bannal, situé aux Rhuilléres riére Couvet, fond et recrue perpétuelle »; et le 10 décembre 1830, du maître terrinier Henri-Louis Borel, de Couvet, ils acquièrent « la recrue perpétuelle d’un morcel de bois, dont le fond appartient â Monsieur l’acquéreur, située â la Cernia ».
L’héritière des Sandoz-Travers est leur fille aînée, Julie (1800-1866), femme d’Edouard-Charles-Alexandre de Pury (1794-1840), premier lieutenant au bataillon des tirailleurs de la Garde, puis capitaine des milices des XL, et baron dès 1820; dès lors, les Ruilléres
restent propriété de la famille Pury pendant trois générations encore, passant de père en fils à Samuel (1836-1922), fils des prénommés; ensuite à Hermann-Samuel (1870 -1934), et enfin à Gérard-Louis (1903-1975). Celui-ci s’en dessaisit le 28 février 1929 au profit d’André Contesse-Henriod, gérant de forêts et domaines à Couvet, père de Jean-Louis Contesse, le propriétaire actuel; l’acte de vente, établi par le notaire covasson Georges Matthey-Doret, porte sur une superficie totale de 322 365 m² en nature de bâtiments, dépendances, jardin, champ, bois et pâturage (l’ensemble valant 58’000 francs de l’époque), contre 73 faux 11 perches, soit 398’000 m² environ, du temps du receveur Abraham Guyenet-Perret, comme l’atteste un plan du XVIIIème siècle conservé aux Ruilléres.
En résumé, on constate qu’avant le transfert de 1929 cette « montagne » a été possédée pendant trois siècles en tout cas, comme bien patrimonial transmis par filiation ou autres modes de mutation, par un cercle fermé de cinq familles parentes ou alliées – les
Petitpierre, les Guyenet, les Borel, les Sandoz-Travers et les Pury – qui, toutes, ont amodié le domaine à un granger ou fermier, se réservant dans le bâtiment principal une résidence secondaire ou « campagne » d’été.