Bulletin 58 / Août 2018
Naturalisation des protestants français réfugiés à Neuchâtel, 1685-1794
par Marie-Claude Pinguet et Josette Cador
Le 29 octobre 1685, peu de jours après la révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV, Frédéric 1er de Prusse (1657-1713), Prince Électeur de Brandebourg, publie l’Édit de Potsdam pour inviter sur ses terres les huguenots qui fuiront de France.
Venant principalement du Dauphiné et du Languedoc, après un parcours périlleux, ils sont environ 200’000 à 250’000 à trouver asile et assistance dans les cantons suisses. Malgré la pression de la France qui demande leur expulsion, ils sont accueillis, hébergés, nourris et soignés grâce à la solidarité des églises et des Bourses françaises.
La plupart ont une position sociale élevée, maîtrisant un métier d’artisan ou de fabricant.
Quand, en 1707, le roi de Prusse prend la souveraineté du comté de Neuchâtel et la seigneurie de Valangin, il offre aux Français réfugiés dans la principauté et dans les cantons voisins de Berne, de Vaud, de Genève, non pas la naturalisation neuchâteloise, mais allemande. Elle leur permet de devenir « sujets du roi dans tous les pays de son obéissance et mis en possession de tous les droits et privilèges des sujets prussiens ». Le statut de «franc-habergeant» leur assure une exemption d’impôt pendant quatre ans, la liberté de suivre leur culte en français et de conserver le droit français et leurs propres magistrats.
Un grand nombre d’entre eux traverse la Suisse et continue vers l’Allemagne mais beaucoup se fixent à Neuchâtel « qui a été pendant près de deux siècles sous la souveraineté de la famille française des Orléans-Neuville. On peut estimer à 23’000 le nombre de réfugiés qui y ont assistés de 1661 à 1697 ».
Non seulement ils peuvent y vivre librement leur foi mais aussi créer des manufactures qui sont aujourd’hui des symboles économiques, notamment dans l’horlogerie, l’industrie textile ou la chocolaterie.
Notre adhérente, Marie-Claude Pinguet, a extrait le nom des Drômois sur la liste des « Français naturalisée à Neuchâtel de 1685 à 1794» ; site du Musée neuchâtelois et aussi dans la bibliothèque de Geneanet.
Nous publions ci-dessous ceux pour lesquels il a été possible d’ajouter les filiations par les relevés d’EGDA [1] et les dates d’assistance en Suisse avec la base de données du Refuge Huguenot.
"Liste des Réfugiez qui ont été naturalisés sujets du Roy et auxquels le Conseil d'Etat de Neufchâtel a fait prester serment de fidélité à Sa Majesté, suivant ses ordres et en conformité Edit du 14 décembre 1709"
ASTIER François manufacturier, de Beaumont (lès-Valence), demeurant à Lausanne, de feux Pierre et Françoise Peraux Naturalisé le 22.9.1711.
BERTRAND Henry, natif Nyons, apothicaire et marchand droguiste, demeurant à Yverdon (une fille née en 1690), fils de feu Henry, marchand drapier de Nyons. Naturalisé le 3.3.1710. D’où BERTRAND Jean Elie, professeur en belles-lettres et recteur du collège de Neuchâtel, fils de feu Henri 2, bourgeois d’Orbe. Lettres de naturalité et permission de prendre la bourgeoisie à Neuchâtel moyennant 300 £.
CHABANEL François et Pierre, frères marchands de Valence, habitent à Yverdon, fils de feu Pierre & Suzanne Lermet. Naturalisés le 28.2.1710. Leur frère Daniel naturalisé le 23.3.1710.
Le 20.12.1711, François Chabanel, naturalisé sujet du roi le 28.2.1710, demande à être aussi naturalisé sujet de roi dans cet Etat. Sur l’opposition de la Compagnie des Marchands de Neuchâtel, qui y voit un préjudice considérable pour les marchands de ce pays, sa
demande lui est refusée.
FAURE Pierre, fils de feu Michel, de Valdrôme, réfugié naturalisé, reconnu franc-habergeant des montagnes de Valangin. Son père s’est réfugié au Locle avec sa mère, ses deux sœurs et lui-même; il demande la naturalité après la mort de son père. Naturalisé le 3.3.1708, paie 75 £.
FUZIER Jacques, foulandier, natif de Beaumont (Lès-Valence) en Dauphiné, demeurant à Yverdon, fils de feux Jean & Catherine MONTOIZON. Naturalisé le 22.9.1711.
Un fils Jean Jacques baptisé à Yverdon le 11.5.1712.
GAY Jean-Simon, fabricant de bas à Lausanne, fils de feu Philibert-Philippe Gay, marchand de Die en Dauphiné et de Jeanne Marie Julien. Naturalisé le 1.9.1710.
GOY Louis, drapier à Lausanne, fils de Louys Goy et Marie Pattonier; de Bourdeaux en Dauphiné. Naturalisé le 17.5.1710.
LA CHAUX (de) André, St-Auban en Dauphiné, fils de Pierre de La Chaux et Lucrèce Chion. Naturalisé le 22.2.1710.
LAMANDE Benjamin, docteur en médecine, habitant Genève et ci-devant possédant des biens et domicilié dans la ville et principauté d’Orange, fils de défunts Sr Jean Lamande, docteur en médecine, originaire de Crest en Dauphiné et de Demoiselle Olympe Fayolle de Tillol. Naturalisé le 6.6.1712.
MONART Daniel, cardeur de laine, demeurant à la Brévine, comté de Neuchâtel, fils de Marc et Marguerite BOFIER (REYNAUD ?), de Charens (Luc-en-Diois). Naturalisé le 4.7.1710.
Cm 30.3.1679 Me Bermond, Lesches 2E 4999/381: Daniel MONNARD fs de Marc & ✞ Marguerite REYNAUD, Charens avec Isabeau GONDOUIN fa de David & Lucrèce TURC, Charens-le-Bas.
MONTOISON Moyse, marchand, bourgeois de la Neuveville, natif de Chabeuil, fils de feux Jean et Philippine Astier. Naturalisé le 28.2.1710.
POUDRET (POUDPEL) Alexandre, fils de Gaipard Poudret et de Louise Manuel, de Die. Naturalisé le 24.3.1710 Neuchâtel.
REYNIER Louis, né le3.8.1687 à Dieulefit, manufacturier en laine, réfugié dans ce pays, expose le 30.11.1707 que désirant avoir sa part au bonheur de tant de milliers de ses compatriotes qui ont asile et vivent si heureusement sous la protection de Sa Majesté, le meilleur de tous les rois, il supplie qu’on lui accorde des lettres de naturalité et condition de bourgeois de Valangin. Il obtient le droit de prendre bourgeoisie à Neuchâtel le 2.6.1711 en payant 300£.
SUCHARD (SOUCHARD) Louis et Pierre, frères de Combovin, fils de Jean (° Ca 1650), travailleurs en étoffes de laine, habitent Boudry. Naturalisés le 4 juin 1708, payent 20 écus blancs chacun.
TERRISSE André-César, natif de Genève, fils de Gabriel-François TERRISSE, de Die (et Françoise Catherine Bérard), participe depuis plusieurs années à la Sté de commerce de Pourtalès et Cie et désirerait d’être désormais du nombre des sujets de S.M., et d’acquérir la bourgeoisie en cette ville. Lettres de naturalité et permission de prendre bourgeoisie à Neuchâtel le 22.1.1765, moyennant 120£ tournois.
VIEUX Jacques, fabriqueur d’indiennes, habitant Genève, fils de feu Antoine et Isabeau Perrinet, de Saillans en Dauphiné. Nationalisé le 24.3.1710.
Notes
Sources
Bulletin de la Société neuchâteloise de Généalogie n°57, Marc Bridel
Sites internet : Musée neuchâtelois – Refuge-huguenot – Geneanet.org/archives/ouvrages/